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Mon
plus grand regret était de ne pas être avec mes
enfants. J'aurai tellement voulu les serrer dans mes
bras une dernière fois avant de mourir, sentir leur
joue chaude dans mon cou, un dernier geste pour les protéger
à ma façon d'une mort qu'ils auraient pris pour une
caresse.
Noyé
dans un flot tumultueux d'images et de pensées, j'étais
ivre de colère et de lucidité, une idée en chassait
une autre. Que fait on quand il nous reste moins de dix
secondes à vivre? On crie, on pleure, on chante… Il
fallait que je laisse un message. A mes cotés, mon ami
de toujours, il conduisait
avec habileté malgré l'onde et la poussière comme si cela
avait encore de l'importance... Aucune peur ne venait me
perturber, j'étais résigné, serin, tout était clair : je ne
mourrai pas avec ma famille, mais avec lui. Des flammes crépitaient
dans ses yeux, il avait compris, la colère ne servait à rien,
il conduisait maintenant calmement sans chercher à s'arrêter.
Il mit la musique plus fort, sa façon à lui de ne pas considérer
ces fous. Rouler vers la mort sans prendre peur, il profiterait
jusqu'au bout de cette étrange béatitude. Je me tournais vers
lui :
"-
on s'est quand même bien marré !" lui lançai-je. Il me
sourit.
Ces
mots sortirent de ma bouche et me
surprirent moi-même, tant de haine et de dégoût pour sortir
cette simple phrase banale et décalée. La futilité et la légèreté
est tout ce qu'il nous reste face à l'impuissance. Je ne crois
pas avoir eu le temps de détourner mon regard, pas de douleur,
pas de bruit, un léger souffle chaud, ma pensée resta suspendue, ni interrompue ni
coupée, suspendue dans le noir,
simplement le noir.
Les
fous!
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